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Introduction à l’Indicateur du progrès véritable (IPV)

mardi 2 mars 2010, par Harvey L. Mead

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L’un des défis majeurs du gouvernement est de jauger globalement l’état du développement. Pour ce faire, il doit déterminer les principaux enjeux sociétaux et, par la suite, se référer à des outils de mesure fiables et capables de montrer l’évolution des paramètres en cause. Traditionnellement, l’évaluation de notre situation économique a été largement basée sur les tendances connues ou prévues à l’égard du produit intérieur brut (PIB). Ainsi, notre conception d’une économie forte repose sur la croissance du PIB. Or, une telle approche peut être difficile à concilier avec certains principes figurant dans la LDD. Celui qui porte sur la production et la consommation responsables de même que celui lié au respect de la capacité de support des écosystèmes décrivent bien la complexité du problème.

Il ne faut pas oublier que le PIB reflète avant tout, de manière chiffrée, la valeur de tous les biens et services produits à l’intérieur d’un territoire ; il n’a pas été conçu pour rendre compte du caractère durable (ou non [1]) du développement. Le gouvernement doit donc rapidement mettre au point des indicateurs fournissant des réponses qui vont au-delà de celles tirées du PIB. [2]

Vérificateur général du Québec

Introduction à l’Indicateur du progrès véritable (IPV)

Ces observations du Vérificateur général du Québec confirment l’importance d’élaborer l’Indice de progrès véritable pour le Québec. Elles sont particulièrement pertinentes quand on sait que le gouvernement continue à se baser sur le PIB pour prendre des décisions alors que les crises économiques, sociales et environnementales démontrent la nécessité d’un changement d’approche. Élément clé : l’IPV procède à une évaluation monétaire de l’ensemble de ses composantes, essentiel pour permettre les liens avec le PIB, alors de la grande majorité d’indicateurs de développement ne comportent pas une telle évaluation de leur constats.

En avril 2006, le gouvernement du Québec s’est doté d’une législation mettant en place un nouveau « cadre de gestion » pour guider la recherche d’un « développement durable » de la société. La Loi sur le développement durable (LDD) cible dès son premier article un virage nécessaire dans nos modes de développement, développement qu’il juge non viable.

En 2007, le Commissaire au développement durable [3] a jugé important de donner une idée de l’ampleur du virage requis via le calcul de l’empreinte écologique de la province ; le résultat a montré qu’il faudrait l’équivalent de trois planètes Terre si toute la population humaine vivait comme les Québécois. Le virage proposé par la LDD est donc très important.

Un indicateur synthétique pour « rendre compte du caractère du développement » du Québec, permettant d’aller au-delà des indications fournies par le PIB, manque cruellement, et le gouvernement ne fournit aucune indication qu’il donnera suite à la recommandation du Vérificateur général à cet égard. L’IPV représenterait un tel outil, fondamental à la mise en œuvre d’un ensemble d’interventions sociétales permettant de mettre en œuvre le virage proposé dans l’article premier de la LDD. Ces interventions, dans une multitude de secteurs, doivent être guidées par l’internalisation des facteurs externes laissés de côté par le PIB. C‘est en partie la non prise en compte de ces externalités qui compromet l’avenir.

L’élaboration de l’IPV prendra comme cible le « progrès véritable », c’est-à-dire l’objectif du développement tel qu’identifié par la LDD : le bien-être, « une vie saine et productive » pour les citoyens. Pour certains économistes et certains décideurs, qui ne se posent pas de questions à cet égard, le PIB est un indicateur assez direct de ce progrès, alors qu’un un nombre grandissant d’économistes reconnaissent que cet indicateur synthétique ne reflète pas le progrès véritable et ne peut pas servir de guide dans la prise de décisions éclairée dans ces temps de crises. [4]

Pour corriger cette situation dont les conséquences prévisibles sont dramatiques, des ajustements au PIB s’imposent. Ceux-ci permettraient de mieux identifier le degré d’atteinte du bien-être au sein de la population humaine, et cela dans le respect de la capacité de support des écosystèmes planétaires. L’IPV, en élaboration depuis vingt ans, permet de tels ajustements au PIB. Une première version a été conçue dans les années 1980 et publiée par Daly et Cobb en 1989 [5] . Cet indice synthétique du bien-être introduit une prise en compte de nombreux facteurs de développement non reconnus par le PIB, économiques d’abord, mais également sociaux et environnementaux. Comme leurs prédécesseurs, Daly et Cobb reconnaissent l’importance fondamentale de la consommation de biens et de services comme première approximation d’une définition du bien-être. Cette consommation, la composante la plus importante du PIB, a donc été jugée comme un point de départ incontournable pour un indice qui ajuste le PIB pour mieux mesurer le progrès du bien-être.

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Notes

[1] Notre parenthèse. Le recours généralisé au terme « développement durable » dans le discours québécois est abusif et ne permet pas de bien cerner les véritables enjeux en cause. Nous allons donc restreindre l’utilisation du terme « durable » à de rares cas.

[2] Rapport du Vérificateur général du Québec, 2008-2009, tome II, « Observations du vérificateur général »

[3] Le poste a été créé par un autre article de la LDD. Le Commissaire a comme mandat d’assister le Vérificateur général dans la vérification de la mise en œuvre du développement [durable).

[4] Cf., par exemple, le Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, www.stiglitz-sen-fitoussi.fr et le Report of the Commission of Experts of the President of the United Nations General Assembly on Reforms of the International Monetary and Financial System, à http://www.un.org/ga/president/63/c… .

[5] For the Common Good : Redirecting the Economy Toward Community, the Environment, and a Sustainable Future, Herman E. Daly et John B. Cobb Jr, Beacon Press, 1989. Cet indice a suggéré que le véritable « progrès » des Américains était en bas de la moitié de ce qu’indiquait le PIB si ce dernier était pris pour un tel indice. Les IPV calculés depuis arrivent tous à des conclusions similaires.

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